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Biographie
« Habiter la peinture » © 2009 Editions Thesaurus Coloris Ductiles panchromies Katharina Schärer Tracer la ligne infinie de son trajet pictural est d’entrée de jeu le processus créatif de Katharina Schärer. Artiste suisse vivant dans le Haut Var, son travail questionne les limites de la peinture. Elle aborde ce défi de façon ironique dans l’une des performances qu’elle réalise dans les années 80 à Zurich. Elle traces une ligne blanche au sol de 4 à 5 mètres, marchant le long le temps d’une musique et à chaque fois qu’elle en arrive au bout, elle boit un verre de schnaps. Elle déambule sur la ligne en aller-retour dans tituber. Exécuter une action rigoureuse, boire jusqu’à plus soif et faire l’expérience de ses propres limites résument l’engagement de l’artiste. On retrouve ce besoin d’établir de nouvelles structures tout au long de son travail. L’expérience physique d’intégration d’une attitude, d’un mouvement intérieur précurseur d’infini présente alors dans cette performance est toujours en résonance avec sa démarche actuelle : faire glisser de la couleur dans les interstices de plaques alvéolaires formant ainsi une succession de bandes colorées. C’est ce qu’elle expose, pour le première fois sous la forme d’une vaste installation, dans de centre d’art contemporaine de référence. Pour l’artiste il s’agit de faire un avec la matière, de dissoudre le sujet dans l’objet pictural, d’œuvrer avec la trame de sa disparition, de reconstruire l’illusion dans son ensemble. Dans la série de grands portraits qu’elle réalise en 2001 et 2002, elle utilise l’outil numérique, un système de représentation qui renvoie aux multiples facettes de l’être. Le visage de chaque personnage est mis en aplat, déformé, renvoyé au côté burlesque du moi qui rit de luimême, comme si l’artiste tenait de démasquer le surmoi lieu où se répercute notre culture avec ce qu’il convient de faire ou ne pas faire. Ce surmoi lorsqu’il convoque l’attitude humoristique écarte le poids de la réalité par la conscience de sa dimension illusoire. Ce travail de déformation et de transformation de la matière visuelle est aussi une recherche d’un temps réel à travers le virtuel. Elle réalise entre 2002 et 2005 des œuvres à partir de photographies prises quotidiennement à la télévision. Ces images évoquent une agitation incessante, une errance de la multiplicité qui éclate en couleurs vives et sollicite l’œil simultanément à de multiples endroits. Ces expériences introduisent une tension dans l’image, un flou qui fait disparaître les figures au profit de la couleur pure. Ce questionnement sur le devenir de l’image technologique a fait naître chez Katharina Schärer le désir de reprendre contact avec la matière picturale et d’habiter la peinture. Dans l’étape suivante de son processus de création, elle utilise des languettes de bois récupérées sur des chantiers de construction, celle-ci sont peintes de différentes couleurs et agencées comme par strates. Ces assemblages sont initiateurs d’un retour à la fois à la matérialité de l’œuvre et à ses origines. Toutes ces pistes aboutissent aux œuvres récentes qui, comme l’ensemble de son travail, sont empreintes d’une esthétique nordique et de l’esprit du Witz (blague en allemand). Ce qui s’exprime à travers la figure du Witz, c’est une espèce de tremblement, un sens caché ; chez Katharina Schärer, c’est une singulière étrangeté faite de l’humour de l’esprit zurichois, la ville d’où émergea le dadaïsme. Katharina Schärer est un personnage haut en couleur, qui partage avec l’artiste suisse Meret Oppenheim, figure marquante de surréalisme, la dérision, le jeu, l’humour, l’amour de la fourrure, les collages et l’utilisation de matériaux les plus divers. Son appartement-atelier est situé dans d’anciennes tanneries à Barjols ; un lieu de vie qui est en même temps le laboratoire permanent de sa création. Ces récentes oeuvres sont conçues à partir d’anciennes plaques alvéolaires industrielles en plexiglas. Dans ces panneaux transparents aux tubes rectangulaires, elle injecte des quantités variables de peinture. L’ensemble se compose d’une succession de bandes colorées, de structures qu’elle dispose horizontalement, verticalement et installer dans l’espace. Elle conjugue sans fin la métaphore d’un sillon infini, la trame linéaire d’une étendue de couleurs. Ses œuvres sont à l’articulation de différents domaines de connaissances, la peinture, la sculpture, le design, l’architecture. Selon le monde d’agencement, elle privilégie un champ ou un autre. Son travaille se situe à la frontière du modernisme par l’utilisation de la grille et interpelle certains aspects du postmodernisme, tels que la singularité du matériau, le rejet des distinctions de genre, le pastiche, le bricolage, l’ironie et le jeu. L’historienne d’art américaine Rosalind Krauss souligne que, dans « tout la production esthétique moderne, aucune forme ne s’est maintenue avec autant d’acharnement que la grille ». Krauss y voit un emblème de la quête d’un art autonome, non mimétique un art dont les stratégies visent à déjouer les modes de production de sens. En recourant à la grille, Katharina Schärer tisse la trame du défi qu’elle donne à l’art, à la société et à elle-même. Elle réinvente constamment la structure qui peut mettre en forme, cordonner, tout désordre. D’emblée les tableaux de Katharina Schärer se prêtent à une architectonique qui prend possession de l’espace immédiat d’un temps présent et sans hiérarchie. Ses champs colorés recomposent la dimension infinie du regard. Ses peintures se donnent à voir spontanément comme la joie et la beauté, ces manifestations du pouvoir de la couleur. Regarder les choses telles qu’elles sont, c’est traiter du visible et de la difficulté d’être soi. L’artiste fait ce travail, pose ce rapport sur la présence et à ce qui découle de son statut fondateur, comme l’exprime avec justesse Fernando Pessoa : « Parfois, en certains jours de lumière parfait et exacte, où les choses on toute la réalité dont elles portent le pouvoir, je me demande à moi-même tout doucement pourquoi j’ai moi aussi la faiblesse d’attribuer aux choses de la beauté. » 1)Rosalind Krauss, L’Originalité de l’avant-garde et autres mythes, modernistes, Paris, Macula, 1993, p.93. 2)Fernando Pessoa, Le Gardeur de troupeaux, Paris, Gallimard, 1960, p.76 Madeleine Doré juillet 2009 Madeleine DORÉ est artiste québécoise, initiatrice du mouvement Bonheur d’occasion qui développe une approche de l’art en contexte, en situation nomade. Elle fond en 2002 Tadlachance à Cuges-les-Pins (France) avec Françoise Rod. Elle a obtenu plusieurs bourses du Conseil des arts et des lettres du Québec afin de développer son travail et est souvent invitée en résidence dans les centres d’artistes autogérés au Canada. Elle a travaillée comme commissaire indépendant pour des événements spécifiques et écrit des articles pour différentes revues.
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